Le 3 décembre 2025, l’Assemblée générale des Nations unies a entériné quatre résolutions annuelles présentées par le Pakistan en matière de désarmement. Ces textes, déjà approuvés en novembre par la Première Commission, réaffirment le rôle des approches régionales et des garanties de sécurité pour les États non dotés de l’arme nucléaire dans un contexte de tensions accrues en Asie du Sud.
Un vote de l’Assemblée générale qui consacre le travail de la Première Commission
Réunie en séance plénière à New York, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté le 3 décembre 2025 quatre résolutions annuelles parrainées par le Pakistan et consacrées au désarmement et à la sécurité internationale. Ces textes avaient été recommandés quelques semaines plus tôt par la Première Commission (Désarmement et sécurité internationale) de la 80e session de l’Assemblée générale, où ils avaient bénéficié d’un large soutien des 193 États membres.
Deux résolutions ont été approuvées par consensus, tant en commission qu’en plénière : « Regional disarmament » et « Confidence-building measures in the regional and sub-regional contexts ». Les deux autres – « Conclusion of effective international arrangements to assure non-nuclear-weapon States against the use or threat of use of nuclear weapons » et « Conventional arms control at the regional and subregional levels » – ont été adoptées à une très large majorité, confirmant l’appui de la communauté internationale aux priorités défendues par Islamabad.
Le contenu des quatre résolutions pakistanaises
1. La résolution sur le désarmement régional
La résolution intitulée « Regional disarmament » réaffirme la pertinence d’approches régionales pour compléter les régimes globaux de désarmement et de non‑prolifération. Elle :
- encourage les États d’une même région à développer des cadres de désarmement adaptés à leurs réalités sécuritaires ;
- souligne la nécessité de réduire les tensions et d’éviter les courses aux armements, notamment dans les régions marquées par des rivalités historiques ;
- invite les organisations régionales et sous‑régionales à jouer un rôle accru dans la promotion de la transparence et de la maîtrise des armements.
Pour le Pakistan, cette approche vise clairement l’Asie du Sud, où la rivalité stratégique avec l’Inde, deux puissances nucléaires, continue de nourrir des inquiétudes quant au risque d’escalade.
2. Les mesures de confiance aux niveaux régional et sous‑régional
La résolution « Confidence-building measures in the regional and sub-regional contexts » insiste sur les mesures de confiance (CBM) comme instrument de prévention des crises. Elle :
- encourage l’échange d’informations militaires, la notification préalable d’exercices ou d’essais de missiles et la mise en place de lignes de communication directes ;
- invite les États à s’inspirer des bonnes pratiques d’autres régions, notamment en matière de transparence et de vérification ;
- réaffirme que ces mesures ne se substituent pas au désarmement, mais en constituent un préalable politique indispensable.
Adoptée par consensus, cette résolution traduit un accord minimal entre États sur la nécessité de réduire les risques de malentendus militaires, même lorsque les divergences demeurent fortes sur les équilibres de forces ou les doctrines nucléaires.
3. Des garanties de sécurité pour les États non dotés de l’arme nucléaire
La troisième résolution, « Conclusion of effective international arrangements to assure non-nuclear-weapon States against the use or threat of use of nuclear weapons », porte sur les garanties de sécurité dites « négatives ». Elle appelle à la négociation d’arrangements internationaux efficaces par lesquels les États dotés s’engageraient à ne pas employer, ni menacer d’employer, l’arme nucléaire contre les États non dotés.
Ce texte s’inscrit dans un débat ancien au sein du régime de non‑prolifération : de nombreux États non nucléaires estiment que des garanties juridiquement contraignantes renforceraient leur sécurité et la crédibilité du Traité sur la non‑prolifération des armes nucléaires (TNP). Les puissances nucléaires, elles, restent divisées sur la portée et la forme de tels engagements.
4. Le contrôle des armements conventionnels au niveau régional
La quatrième résolution, « Conventional arms control at the regional and subregional levels », met l’accent sur la maîtrise des armements conventionnels dans les régions marquées par des déséquilibres de capacités militaires. Elle :
- souligne que des accumulations excessives d’armes classiques peuvent déstabiliser des régions entières et alimenter les risques de conflit ;
- encourage des accords régionaux de limitation, de transparence et de vérification des armements conventionnels ;
- met en avant la nécessité de maintenir un équilibre raisonnable des forces entre États voisins.
Lors des votes antérieurs en Première Commission, ce texte a recueilli un soutien massif, certains États – notamment l’Inde – s’y opposant ou s’abstenant, signe des tensions persistantes autour des équilibres militaires régionaux.
Un contexte régional tendu et un positionnement stratégique du Pakistan
Ces résolutions s’inscrivent dans la continuité d’initiatives que le Pakistan porte depuis plusieurs décennies à l’ONU sur le désarmement régional, le contrôle des armements conventionnels et les garanties de sécurité. Elles interviennent toutefois dans un contexte particulièrement sensible : l’année 2025 a été marquée par une nouvelle montée des tensions entre Islamabad et New Delhi, ravivant les inquiétudes internationales quant au risque d’escalade entre deux puissances nucléaires.
En mettant l’accent sur les mesures de confiance, la maîtrise des armements conventionnels et les garanties de sécurité pour les États non nucléaires, Islamabad cherche à se positionner comme un acteur responsable du débat multilatéral sur le désarmement, tout en attirant l’attention sur les déséquilibres militaires régionaux qu’il juge défavorables.
Portée juridique et politique des résolutions
Comme toutes les résolutions de l’Assemblée générale en matière de désarmement, ces textes n’ont pas de force juridiquement contraignante. Ils n’en constituent pas moins des instruments importants de « soft law », en ce qu’ils :
- fixent des orientations politiques et des standards de comportement attendus des États ;
- contribuent à façonner l’interprétation des obligations existantes, notamment au titre du TNP et des régimes de contrôle des armements ;
- peuvent servir de base à de futures négociations d’accords régionaux ou universels.
Sur le plan institutionnel, ces résolutions renvoient explicitement aux principaux forums multilatéraux de désarmement : la Première Commission de l’Assemblée générale, la Conférence du désarmement à Genève et la Commission du désarmement des Nations unies. Elles n’impliquent pas directement la Cour internationale de Justice (CIJ) ni la Cour pénale internationale (CPI), même si la CIJ a déjà été amenée, dans son avis consultatif de 1996 sur la licéité de la menace ou de l’emploi d’armes nucléaires, à se prononcer sur certains principes pertinents pour le débat actuel.
Perspectives : entre réaffirmation des principes et blocages persistants
L’adoption de ces quatre résolutions confirme que, malgré les crispations géopolitiques et la modernisation continue des arsenaux, une large majorité d’États reste attachée aux principes de désarmement, de non‑prolifération et de sécurité collective. Elle illustre aussi la capacité d’États non dotés de l’arme nucléaire, comme le Pakistan, à utiliser l’Assemblée générale comme tribune pour promouvoir leurs priorités sécuritaires.
Reste que la traduction concrète de ces textes en engagements juridiquement contraignants – qu’il s’agisse de garanties de sécurité pour les États non nucléaires ou de régimes régionaux de contrôle des armements – dépendra de la volonté politique des principales puissances militaires et nucléaires. À court terme, ces résolutions ont surtout une valeur de signal : elles rappellent que, face aux risques de prolifération et de course aux armements, la communauté internationale continue de privilégier, au moins dans le discours, la voie du droit international et du multilatéralisme.




