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Modi et Poutine relancent le commerce jusqu’en 2030

Sommaire

Lors d’une visite d’État à New Delhi (4–5 décembre 2025), Narendra Modi et Vladimir Poutine ont signé une série d’accords et adopté un programme économique visant à diversifier et accroître les échanges bilatéraux jusqu’en 2030.

Contexte et calendrier

Le président russe Vladimir Poutine a effectué une visite d’État en Inde les 4 et 5 décembre 2025 pour la 23e réunion annuelle Inde–Russie. Les entretiens se sont tenus notamment à Hyderabad House et au Rashtrapati Bhavan, en présence des plus hautes autorités indiennes.

Ce qui a été décidé

Les deux chefs d’État ont annoncé l’adoption d’un « Programme pour le développement des secteurs stratégiques de la coopération économique Inde–Russie jusqu’en 2030 » (souvent présenté comme une feuille de route « Vision 2030 »), avec pour ambition de porter le commerce bilatéral à environ 100 milliards de dollars annuels d’ici 2030 et d’accroître les investissements réciproques.

Principaux accords signés

  • Programme 2025–2030 pour la coopération économique stratégique (annonce).
  • MoU et accords dans les filières des fertilisants (JV entre JSC UralChem et des sociétés indiennes), et engagements pour des livraisons garanties.
  • Accord sur la mobilité du travail (temporaire) et coopération contre la migration irrégulière ; mesures facilitant les visas touristiques pour les ressortissants russes (e‑visa gratuit 30 jours, visa de groupe).
  • Protocoles en matière douanière, postes et logistique pour faciliter les échanges et le e‑commerce.
  • Engagements élargis en matière énergétique : Poutine a assuré la volonté russe d’« assurer des livraisons ininterrompues de carburant » et de développer la coopération nucléaire civile et les corridors de transport.

Acteurs et institutions

Les signataires sont des organes étatiques (gouvernements, ministères, agences) et des entreprises publiques/privées désignées par les deux gouvernements ; la plupart des documents figurent dans la liste officielle des issues publiée par le ministère indien des Affaires étrangères. Aucune institution internationale (CIJ, CPI, UE, ONU) n’est co‑signataire des accords bilatéraux, qui relèvent du droit international des traités et des instruments intergouvernementaux entre la Russie et l’Inde.

Enjeux juridiques et géopolitiques

Sur le plan juridique, les accords bilatéraux créeront des obligations contractuelles et intergouvernementales (MoU, protocoles, accords de coopération) qui devront être mis en œuvre via des textes d’application, joint ventures et accords commerciaux. Les aspects sensibles comprennent la sécurisation des paiements (discussion sur l’usage des monnaies nationales et l’interopérabilité des systèmes de paiement), la protection des investissements et les clauses de règlement des différends : domaines où des accords complémentaires (ex. accord de protection des investissements) sont prévus.

Géopolitiquement, la relance survient dans un contexte de tensions avec l’Occident : l’annonce russe de « livraisons ininterrompues » d’énergie a été perçue comme un message aux pays qui cherchent à dissuader Delhi d’intensifier ses liens énergétiques avec Moscou. New Delhi, pour sa part, maintient une posture de non‑alignement stratégique tout en poursuivant ses intérêts énergétiques et industriels.

Risques, mise en œuvre et prochaines étapes

La mise en œuvre exigera la traduction des annonces en contrats concrets (calendrier d’investissements, autorisations, licences, règles douanières et bancaires). Des obstacles potentiels : sanctions internationales, fluctuations des prix de l’énergie, capacités industrielles et logistiques, ainsi que la nécessité d’équilibrer la balance commerciale (accent mis sur l’augmentation des exportations indiennes vers la Russie). Les gouvernements ont demandé l’accélération des négociations pour un accord de libre‑échange entre l’Inde et l’Union économique eurasiatique afin de faciliter la réalisation des objectifs.

Conclusion

La visite de décembre 2025 marque une étape opérationnelle dans la relance du partenariat stratégique Inde–Russie : des annonces larges et des MoU multiples ont été signés pour stimuler le commerce, l’énergie, la défense, la mobilité du travail et la coopération technologique jusqu’en 2030. Le succès dépendra toutefois de la capacité des autorités et des acteurs privés à transformer les intentions en accords exécutoires, tout en gérant les risques juridiques et géopolitiques liés aux pressions externes et aux sanctions.

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