Avocat Droit International

Qu’est ce que la doctrine Monroe ?

Sommaire
Qu'est ce que la doctrine Monroe ?

La doctrine Monroe est l’une des doctrines les plus importantes de l’histoire de la politique étrangère américaine. Formulée au début du XIXe siècle, elle a profondément influencé les relations entre les États-Unis, l’Europe et l’Amérique latine pendant près de deux siècles.

À l’origine, cette doctrine visait principalement à empêcher les puissances européennes de recoloniser les territoires du continent américain. Mais au fil du temps, elle est devenue un instrument majeur de l’influence géopolitique des États-Unis dans l’hémisphère occidental.

Encore aujourd’hui, la doctrine Monroe reste régulièrement évoquée dans les débats internationaux lorsqu’il est question des relations entre Washington et les pays d’Amérique latine.

Origine de la doctrine Monroe

La doctrine Monroe est proclamée le 2 décembre 1823 par le président américain James Monroe lors de son message annuel au Congrès des États-Unis.

Le contexte international est alors particulièrement tendu.

Plusieurs colonies espagnoles d’Amérique latine viennent d’obtenir leur indépendance après de longues guerres contre l’Espagne. Les États-Unis craignent alors que certaines puissances européennes tentent de reprendre le contrôle de ces territoires nouvellement indépendants.

À cette époque, les monarchies européennes regroupées au sein de la Sainte-Alliance cherchent à restaurer l’ordre monarchique après les guerres napoléoniennes. Les dirigeants américains redoutent donc un retour des ambitions coloniales européennes sur le continent américain.

Face à cette menace, James Monroe affirme une position claire : les États-Unis considèrent désormais toute nouvelle intervention européenne dans les Amériques comme une menace directe contre leur sécurité et leurs intérêts.

Les principes fondamentaux de la doctrine Monroe

La doctrine Monroe repose sur trois grands principes essentiels.

Le premier principe affirme que les continents américains ne doivent plus être ouverts à la colonisation européenne.

Le deuxième principe précise que les États-Unis n’interviendront pas dans les affaires internes de l’Europe ni dans les conflits entre puissances européennes.

Le troisième principe indique que toute tentative d’intervention européenne dans les Amériques sera considérée comme une attitude hostile envers les États-Unis.

Cette doctrine est souvent résumée par la célèbre formule :

« L’Amérique aux Américains »

À l’origine, cette position apparaît surtout comme une doctrine défensive destinée à protéger l’indépendance des jeunes États américains face aux anciennes puissances coloniales européennes.

Une doctrine d’abord isolationniste

Contrairement à certaines interprétations modernes, la doctrine Monroe n’est pas initialement une politique expansionniste.

Au début du XIXe siècle, les États-Unis ne disposent pas encore de la puissance militaire ou économique qu’ils acquerront plus tard.

La doctrine Monroe reflète alors une volonté d’isolationnisme relatif. Les États-Unis souhaitent éviter de s’impliquer dans les conflits européens tout en protégeant leur environnement géopolitique immédiat.

Cette position correspond également à une tradition politique américaine méfiante envers les alliances permanentes avec les puissances européennes.

Pendant plusieurs décennies, la doctrine Monroe reste principalement symbolique, car les États-Unis ne disposent pas encore des moyens nécessaires pour imposer seuls leur volonté à l’échelle continentale.

L’évolution de la doctrine au XIXe siècle

Avec la montée en puissance des États-Unis au cours du XIXe siècle, la doctrine Monroe change progressivement de nature.

Les États-Unis deviennent une puissance économique et militaire majeure sur le continent américain.

Cette évolution transforme progressivement la doctrine Monroe en instrument d’influence régionale.

La guerre hispano-américaine de 1898 marque une étape importante de cette évolution. À l’issue du conflit, les États-Unis renforcent considérablement leur présence dans les Caraïbes et dans plusieurs territoires stratégiques.

La doctrine Monroe cesse alors d’être uniquement défensive et commence à servir de justification politique à l’expansion de l’influence américaine dans l’hémisphère occidental.

Le corollaire Roosevelt

L’évolution la plus importante intervient au début du XXe siècle avec le corollaire Roosevelt.

En 1904, le président Theodore Roosevelt développe une interprétation beaucoup plus interventionniste de la doctrine Monroe.

Selon cette nouvelle approche, les États-Unis peuvent intervenir dans les affaires des pays latino-américains afin de prévenir toute intervention européenne.

Roosevelt affirme notamment que les États-Unis ont le droit d’exercer un « pouvoir de police internationale » dans certaines situations.

Cette interprétation transforme profondément la doctrine Monroe.

Elle sert désormais à justifier plusieurs interventions américaines en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Les États-Unis interviennent alors à plusieurs reprises dans des pays comme :

  • Cuba
  • Haïti
  • Le Nicaragua
  • La République dominicaine
  • Le Panama

Cette politique contribue à renforcer l’influence américaine dans toute la région.

La doctrine Monroe pendant la guerre froide

La doctrine Monroe conserve une grande importance durant la guerre froide.

Les États-Unis considèrent alors l’Amérique latine comme une zone stratégique essentielle face à l’influence soviétique.

La crise des missiles de Cuba en 1962 illustre parfaitement cette logique.

L’installation de missiles soviétiques à Cuba est perçue par Washington comme une violation directe de la doctrine Monroe et une menace majeure pour la sécurité américaine.

Les États-Unis utilisent également cette doctrine pour justifier certaines interventions politiques ou militaires contre des gouvernements perçus comme proches du communisme en Amérique latine.

Cette période reste particulièrement controversée dans l’histoire des relations internationales américaines.

Les critiques de la doctrine Monroe

La doctrine Monroe fait l’objet de nombreuses critiques, notamment en Amérique latine.

Certains historiens considèrent qu’elle a permis de protéger les jeunes États américains contre le retour du colonialisme européen.

D’autres estiment au contraire qu’elle a surtout servi à légitimer l’hégémonie des États-Unis sur le continent américain.

Plusieurs critiques reprochent notamment à la doctrine Monroe :

  • D’avoir favorisé l’interventionnisme américain
  • D’avoir limité la souveraineté de certains États latino-américains
  • D’avoir justifié des interventions militaires répétées
  • D’avoir renforcé l’influence économique et politique américaine

Ces débats restent encore très présents dans les relations diplomatiques entre les États-Unis et plusieurs pays d’Amérique latine.

Une doctrine encore présente dans la géopolitique contemporaine

Même si la doctrine Monroe appartient historiquement au XIXe siècle, elle continue d’influencer certains débats géopolitiques contemporains.

Plusieurs responsables politiques américains ont parfois évoqué, explicitement ou implicitement, l’idée selon laquelle les États-Unis disposent d’intérêts stratégiques particuliers dans l’hémisphère occidental.

Les relations avec Cuba, le Venezuela, le Nicaragua ou encore la présence croissante de puissances comme la Chine et la Russie en Amérique latine ravivent régulièrement les références à cette doctrine historique.

La doctrine Monroe demeure ainsi l’un des symboles les plus marquants de la politique étrangère américaine et de la construction de la puissance des États-Unis dans les relations internationales modernes.

Vous pourriez aussi être intéressé par :

Retour en haut