Le droit de la mer est un domaine complexe qui organise la répartition et l’usage des espaces maritimes entre les États. Parmi les notions centrales qui y figurent, le régime des eaux archipélagiques occupe une place particulière. Il concerne les États constitués d’archipels et vise à concilier souveraineté nationale et liberté de navigation internationale. Pour comprendre cette notion, il faut revenir sur son origine, sa définition et ses implications concrètes.
Une notion issue du droit international moderne
Le régime des eaux archipélagiques a été formalisé dans la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982. Avant cette codification, les États composés de nombreuses îles, comme l’Indonésie ou les Philippines, rencontraient des difficultés pour faire reconnaître l’unité de leur territoire maritime.
Traditionnellement, chaque île générait ses propres espaces maritimes, ce qui fragmentait le territoire national en une mosaïque complexe. Le droit international a évolué pour reconnaître la spécificité des États archipélagiques, en leur permettant de tracer des lignes de base englobant l’ensemble de leurs îles.
Définition des eaux archipélagiques
Les eaux archipélagiques désignent les eaux situées à l’intérieur des lignes de base archipélagiques tracées par un État composé entièrement d’îles. Ces lignes relient les points extrêmes des îles les plus éloignées afin de former un périmètre continu.
À l’intérieur de ce périmètre, les eaux sont considérées comme relevant de la souveraineté de l’État, au même titre que ses eaux territoriales. Cela signifie que l’État exerce un contrôle juridique, politique et économique sur ces espaces maritimes.
Cependant, cette souveraineté n’est pas absolue et s’accompagne d’obligations envers la communauté internationale.
Un équilibre entre souveraineté et liberté de navigation
L’une des caractéristiques essentielles du régime des eaux archipélagiques réside dans l’équilibre qu’il établit entre les droits de l’État et ceux des autres nations.
D’une part, l’État archipélagique dispose d’un pouvoir étendu sur ses eaux, notamment en matière de gestion des ressources naturelles, de protection de l’environnement et de sécurité.
D’autre part, les navires étrangers bénéficient d’un droit de passage appelé « passage archipélagique ». Ce droit permet aux navires et aux aéronefs de traverser ces eaux de manière continue, rapide et sans entrave, à condition de respecter certaines règles.
Ce mécanisme vise à garantir la fluidité du commerce maritime international tout en respectant l’intégrité territoriale des États concernés.
Les conditions pour bénéficier de ce statut
Tous les États ne peuvent pas revendiquer le statut d’État archipélagique. Le droit international impose des critères précis. L’État doit être constitué entièrement d’un ou plusieurs archipels, et les lignes de base qu’il trace doivent respecter certaines proportions entre la surface terrestre et maritime.
Ces critères ont pour objectif d’éviter les abus et de garantir que ce régime s’applique uniquement à des configurations géographiques réellement archipélagiques.
Les enjeux contemporains
Aujourd’hui, le régime des eaux archipélagiques revêt une importance stratégique majeure. Il est au cœur de nombreuses problématiques, telles que la sécurité maritime, la protection des ressources halieutiques ou encore les tensions géopolitiques liées aux routes commerciales.
Dans un contexte de mondialisation et d’intensification des échanges, ces espaces maritimes jouent un rôle clé dans la circulation des marchandises et des énergies. Ils sont également essentiels pour la biodiversité et les équilibres écologiques.







